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Corps_frontière. Les relations entre corporéité, espace et violence

Colloque junior du CIERA avec soutien financier de la Hans-Böckler-Stiftung

Jusqu’à il y a quelques années, en de très nombreux espaces et pour une grande partie de la population mondiale, dans le contexte de la globalisation et des pratiques vécues, il paraissait sensé de parler d’un monde sans frontières, d’un « borderless world » (Cf. Ohmae 1990). Entre-temps, de nombreuses réserves ont été émises quant à cette estimation. Au vue de tendances de renationalisation et de la création de nouvelles frontières dans le monde entier, on parle plutôt de « parcelles d’ouvertures et de fermetures dispersées » (Schroer 2017). Qui d’autre serait plus à même d’en juger, si ce n’est l’habitant.e des frontières, les « border dwellers » (Agier 2015), ceux qui persévèrent le long des frontières des pays du Nord et y vivent l’expérience physique de la frontière ? Souvent, c’est seulement par leur présence physique que la frontière devient visible. L’on n’oubliera pas l’image de réfugié.e.s africain.e.s persévérant.e.s, assis.e.s sur le grillage-frontière de Melilla de plusieurs mètres de hauteur, alors que juste à côté, des balles blanches prenaient leur envol sur un terrain de golf.

À présent et historiquement, l’on constate qu’il y a un classement asymétrique des populations dans les zones frontalières : facilement franchissables pour les uns, pour d’autres en revanche, des frontières apparaissent insurmontables et seront (en dépit des dangers) tout de même franchies. Les populations à l’abord des frontières sont non seulement soumises aux régimes frontaliers, mais disposent également d’une agency. Dans ce premier axe analytique, du corps aux/sur/en lien avec les frontières, la question centrale concerne le rapport spatial du corps à la frontière : quelles formes de l’expérience physique de l’injustice, de la violence et de la vulnérabilité se créent le long des frontières ? Quelles conséquences a le passage des frontières, autant pour les corps que pour les régimes marquant les frontières (par exemple les régimes nationaux) ? En quoi le pouvoir s’exprime-t-il à travers les corps et quel savoir est produit à leur égard ? Quelles caractéristiques biopolitiques, sociales, racistes et de ségrégation genrée les frontières peuvent-elles refléter ? Quelles pratiques physiques s’opèrent à l’abord des frontières ?

Le deuxième axe analytique, concernant les frontières au(x)/dans/à travers le(s) corps, pose le problème des frontières à partir du corps même. Des approches critiques provenant des sciences sociales, comme par exemple des études du genre, ont contribué à déconstruire une vision binaire des frontières du corps et des frontières des genres. Dans ce contexte, se pose la question en quoi l’intégrité propre face aux dépassements des limites (sexuelles) est en mesure d’être protégée. Suite à des réflexions plus récentes concernant la phénoménologie du corps, la relation entre la spatialité du corps et celle du monde dans l'espace, ainsi que les qualités performatives des transitions au(x)/dans/à travers le(s) corps ont été réajustées. Des marqueurs extérieurs de frontières peuvent avoir une influence sur l’antre des corps et, ainsi, il est par exemple possible que des rapports de pouvoir et des expériences (incluant ou non la violence) s'extériorisent en une perception individuelle du corps, et à travers un impact physique et affectif. Du point de vue de cet axe d’analyse, plusieurs questions se posent : Quelles frontières traversent les corps et comment celles-ci s’expriment-elles ? Comment des représentations courantes de « l’intérieur » et de « l’extérieur » peuvent-elles être repensées ? Comment s’expriment les fractures et les transitions dans et le long du corps ?

La problématique centrale de l’atelier se rapporte à la constitution et l’influence mutuelle entre frontières et corps. Nous partons du principe que les contributions de la recherche ciblant une vision critique des frontières et régimes frontaliers, les genres avec un intérêt pour les corps (-frontières) et d’autres courants de la recherche critique, pourraient déboucher sur un dialogue prolifique et encore trop peu mené. Plus concrètement, les questions et thèmes abordés seront divisés conceptuellement en deux parties : d’une part les corps aux/sur/en lien avec les frontières et d’autre part les frontières au(x)/dans/à travers le(s) corps. Le but sera de rapprocher continuellement les deux axes à travers des commentaires et des synthèses pendant l’atelier. Les jeunes chercheuses et chercheurs de disciplines différentes seront invité.e.s à soumettre des propositions, axées autour d’un point de vue historique ou actuel. Les propositions soumises peuvent concerner un des champs thématiques suivants ou associés :

Corps aux/sur/en lien avec les frontières

  • Emprisonnement, attendre, persévérer
  • Technologie du contrôle des corps (par ex. technologies infrarouges, reconnaissance faciale, perquisitions)
  • Acteurs (par exemple les gardes-frontières, activistes, « border dwellers »)
  • Implications biopolitiques, racistes et en rapport au genre à l’abord et des frontières elles-mêmes
  • Stratégies dépassement des frontières (par ex. tunnels, camouflage)

Frontières au(x)/dans/à travers le(s) corps

  • Nouvelles perspectives de la phénoménologie du corps
  • Expériences physiques et sensibles à l’abord des frontières (par ex. faim, violence)
  • Attributions du/des corps à une catégorie (par ex. de nature raciste ou sexiste)
  • Déconstruction de dichotomies corporelles (par ex. intérieur/extérieur, homme/femme)
  • Les empiètements/l’intervention sur les corps (par ex. par des opérations, esthétiques, sexuelles)

Les participant.e.s (post-)doctorant.e.s présenteront leurs réflexions sous forme d’une intervention de 15 minutes. Elle résumera leur contribution écrite qu'ils fourniront trois semaines avant l'atelier, et qui sera transmise à tous les participant.e.s. Afin d’aboutir à une discussion constructive et critique autour de chaque proposition, il est également prévu que celles-ci soient accompagnées de commentaires par l’un.e des autres participant.e.s, avant la discussion en plénière. Une publication des résultats de l’atelier est prévue. Les langues de l’atelier sont l’allemand, le français et l’anglais. De très bonnes connaissances dans une de ces langues ainsi qu’une connaissance passive de l’une des deux autres langues est requise.

Planning et organisation

Veuillez envoyer vos propositions (d’environ 200 mots) et un court CV jusqu’au 07.06.2018 à koerper_grenze@posteo.de. Un message de confirmation des propositions retenues sera envoyé dans un délai de trois semaines.

Un hébergement sera mis à la disposition des participants et les frais de voyage seront pris en charge à hauteur de 180 euros.

Comité d’organisation

Sarah Frenking (Göttingen), Julian Naujoks (Berlin), Nina Régis (Toulouse), Fabio Santos (Berlin), Verena Triesethau (Leipzig)

Comité scientifique :

Prof. Dr. Andrea Allerkamp (Frankfurt/Oder), Prof. Dr. Sabine Hess (Göttingen), Prof. Dr. Iris Schröder (Erfurt), Prof. Dr. Christina Stange-Fayos (Toulouse)

Bibliographie

  • Agier, Michel. 2016. Borderlands: Towards an Anthropology of the Cosmopolitan Condition. Malden, MA : Polity.
  • Ohmae, K. 1990. The Borderless World. London : Collins.
  • Schroer, M. 2016. Grenzverhältnisse. Vom „Umzug ins Offene“ zum „Rückzug ins Geschlossene“? In: S. Lessenich (dir.) : Geschlossene Gesellschaften. Verhandlungen des 38. Kongresses der Deutschen Gesellschaft für Soziologie.

Lieu

Université de Strasbourg

Villa Knopf - 10 rue Schiller

Date

11/10/2018 to 12/10/2018

Délai

07/06/2018