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La poésie de Wolfgang Hilbig : « Traumbuch der Moderne » ?

Wolfgang Hilbigs Lyrik, ein „Traumbuch der Moderne?“



„Gedichte sind für mich die Essenzen literarischer Arbeit“, déclare Wolfgang Hilbig en 1994 dans un entretien avec Harro Zimmermann.

Ce colloque, dernier pan du Programme-Formation-Recherche Ciéra Paris-Sorbonne/Nantes/Iéna « Modernité Est/Ouest : Hilbig et (toute) la modernité » après un colloque à Berlin en juin 2017 pour le dixième anniversaire de la mort de l’écrivain, sera la première manifestation scientifique consacrée exclusivement à l’œuvre poétique de Wolfgang Hilbig ; il a pour ambition de commencer à combler une lacune de la recherche en sondant l’un des paradoxes dans lequel cette œuvre s’inscrit d’emblée : incarnant aux yeux de son auteur l’essence de sa/la littérature, la poésie est en même temps la partie la moins étudiée de son œuvre.

Si les recueils de poésie publiés du vivant de leur auteur ne sont qu’au nombre de trois, avec abwesenheit (1979), die versprengung (1986) et Bilder vom Erzählen (2001), et si sa prose, en nombre de volumes publiés, l’emporte largement, la poésie est le genre par lequel s’ouvre et se ferme la production hilbigienne publiée. abwesenheit et Bilder vom Erzählen reçoivent par là une position prééminente et confèrent à l’ensemble des textes de Hilbig les contours d’une œuvre.

Si les poèmes « abwesenheit » et « das meer in sachsen » sont bien entrés dans le canon de la poésie germanophone, le reste de son œuvre poétique, pourtant acclamé par les contemporains – le recueil Bilder vom Erzählen a été récompensé par le prix de poésie de langue allemande Peter Huchel en 2002 –, n’a pas encore bénéficié d’une réception à sa mesure. Le volume 1 des Werke, consacré aux poèmes, contenant un grand nombre de textes inédits et paru peu de temps après sa mort (éditions S. Fischer, 2008), a permis de mesurer l’ampleur de sa production poétique.

 

Outre la situation éditoriale spécifique de la poésie de Hilbig, cette réception est liée à la situation paradoxale de la poésie : d'une part, des textes publiés souvent parmi d'autres, éparpillés dans des revues ou anthologies, avec lectorat assez restreint et, plus généralement, une hégémonie commerciale du roman; d'autre part, la poésie reste symboliquement un genre majeur de par l'aura qu'elle peut conserver de la modernité de la première moitié du siècle et qui lui permet d'être perçue – anachroniquement ? – comme la source du processus d’écriture, l’apogée du travail littéraire, l’essence de la littérature. Hilbig semble en effet se faire l’écho des conceptions des structuralistes de l’école de Prague qui, autour de Jakobson, dans les années 1960, associaient « littérarité » et poésie à travers la notion de « fonction poétique du langage ». Définie comme la centration sur la matérialité du signe, la fonction poétique rappelait en outre certains critères de la modernité. Lorsque l’on se place dans cette tradition théorique, la poésie est par excellence le genre de la modernité.

 

La situation historique de l’œuvre de Hilbig actualise et exacerbe cette ambiguïté liée au genre littéraire. En RDA, la poésie a pu apparaître en effet comme un « lieu d’émancipation […] vis à vis des préceptes du réalisme socialiste », permettant d’exprimer une « parole alternative voire subversive » en raison du « cryptage propre » à ce genre littéraire (Goepper). Ainsi le statut de genre marginal est mis à profit par les écrivains est-allemands en désaccord avec les directives de la politique culturelle. Dans l’interview de 1994, Hilbig confie avoir eu en RDA une phase de lecture obsessionnelle de la poésie parce qu’il s’est toujours s’intéressé aux auteurs exclus (« ausgegrenzt ») dont les poètes (« Lyriker ») incarnent une variante : die « aus genrebedingten Gründen ausgegrenzte[n] Autoren ». À la conception de la poésie comme essence de la littérature s’adjoint celle de la marginalité subversive du poète. Qu’advient-il de ce programme après la disparition de la RDA ?

 

L’enjeu de ce colloque sera de se demander d’une part s’il est possible de dégager, par-delà les bouleversements existentiels et historiques, une cohérence de l’œuvre poétique de Wolfgang Hilbig et, d’autre part, si les caractéristiques mises en lumière sont emblématiques d’une génération particulière ou bien d’un type d’écrivain socialisé en RDA. Il s’agirait de voir par exemple si l’identification de la poésie à l’essence de la/sa littérature se poursuit chez Hilbig sous la forme d’un absolu littéraire hérité du romantisme et de la modernité esthétique, tout en considérant les conséquences éventuelles pour l’interprétation de ses poèmes En d’autres termes, si son œuvre poétique vérifie ce qu’Heribert Tommek a pu montrer à partir du parcours d’autres écrivains est-allemands contemporains : la croyance au pouvoir de la parole poétique et à la « vocation » de l’écrivain (« Sendung »), valeurs qui seraient tombées en désuétude chez les écrivains socialisés à l’Ouest et que Tommek qualifie de « rêve anachronique. »

 

 

 

En septembre-octobre 2016, l’atelier poétique « La poésie de Wolfgang Hilbig : pour une lecture croisée », centré sur un choix restreint de poèmes de l’auteur (Paris-Sorbonne ; https://calenda.org/376137?file=1 ), a permis d’ouvrir des brèches dans cet a priori et de vérifier la place centrale de cet auteur qui paradoxalement s’est toujours vécu à la marge des institutions et des courants de son temps. Si l’œuvre de Hilbig est bien au centre du colloque, des contributions qui permettraient un éclairage de sa poésie à travers une confrontation avec d’autres auteurs seront également les bienvenues.

 

Les enjeux de ce colloque pionnier sont nombreux et seront répartis en quatre sections distinctes :

 

SECTION 1 : La poésie de Hilbig dans son contexte:

- Le contexte générationnel : Hilbig s’intègre-t-il dans une génération ou un groupe de contemporains, à l’Est ? à l’Ouest ? On peut songer à Magnus Enzensberger (gegen den strom), Paul Celan (revenant), Sarah Kirsch (ansage einer flucht), Stephan Hermlin (merigarto) ; Erich Arendt, Peter Huchel, les poètes du Prenzlauer Berg…

- Peut-on déjà esquisser une histoire de la réception de sa poésie ?

- Les bouleversements politiques et historiques ont-ils un impact sur la poésie de Hilbig ? De quel ordre ?

- Faut-il au contraire considérer comme primordiale la logique de l’évolution interne de l’œuvre ?

- Y a-t-il une « rhétorique des genres » (Combe) à l’œuvre dans la production hilbigienne : la poésie de Hilbig doit-elle se lire à l’aune de la prose ?

- Peut-on expliquer l’évolution esthétique de l’œuvre poétique de Hilbig comme un parcours inverse à celui de l’histoire littéraire : passant de la modernité à la pré-modernité (Loescher) ?

 

SECTION 2 : Hilbig en dialogue avec les modernités 

 

Il s’agira de repenser le dialogue poétique de Hilbig avec les modernités :

- Quels sont les œuvres et auteurs qu’il réécrit ou cite ? Peut-on proposer une typologie ?

- L’opposition national vs international y a-t-elle un sens ? Hilbig inscrit-il sa poésie dans la logique de la « Weltsprache der modernen Poesie » (Enzensberger) ?

- Quelles sont les fonctions de ces dialogues poétiques ?

- Réécritures et intertextualité poétiques (Hölderlin, Novalis, Baudelaire, Pound, etc.) ; réception ou traduction par Hilbig de poètes étrangers ; écriture poétique et intermédialité. Comment fonctionnent concrètement les réécritures ?

 

SECTION 3 : Motifs, structure, esthétique et poétique.

 

- Lectures synthétiques ou diachroniques à travers l’œuvre.

- Y a-t-il des motifs structurants (le voyage, la mer, etc.) ?

- Étude des formes poétiques.

- Peut-on mettre au jour un processus de l’écriture poétique et proposer une lecture génétique de certains poèmes ou recueils ?

- Peut-on mettre en relation certains poèmes avec les esquisses poétologiques de Hilbig (discours de Lexington) ? Peut-on lire dans certains textes poèmes une réflexion poétologique : sur la fonction de la poésie, du poète, des genres littéraires ?

- Une réflexion sur l’histoire, la biographie, le temps ?

 

SECTION 4 : Etudes de cas.

Cette section reprend la configuration très fructueuse de la journée d’étude organisée en automne 2016 ; il s’agira de se confronter à la lettre du texte, en particulier pour des poèmes auxquels les principales lignes interprétatives de l’œuvre de Hilbig n’offrent pas de clé : 

- close reading d’un poème de Hilbig.

- Études sur les traductions par Hilbig ou de Hilbig.

 

 

Colloque international organisé par l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), l’Université de Nantes et l’Université de Iéna, avec le soutien du CIERA dans le cadre du Programme Formation et Recherche « Modernité Est/ Ouest ; Wolfgang Hilbig et (toute) la modernité » (http://www.ciera.fr/ciera/modernite-est-ouest-hilbig-et).

du jeudi 5 au samedi 7 octobre 2017, Université Paris-Sorbonne, Paris

Modalités d'envoi des propositions :

Les langues de communication sont le français et l’allemand.

Les propositions de communication (environ 250-300 mots), accompagnées d’un titre et d’une courte notice bio-bibliographique, sont à adresser

pour le 30 janvier 2017.

au plus tard à :

Sylvie Arlaud : sylvie.arlaud@paris-sorbonne.fr

et

Bénédicte Terrisse : benedicte.terrisse@univ-nantes.fr

Le programme définitif sera arrêté fin mars.

Comité d’organisation

Bernard Banoun (EA Reigenn), Bénédicte Terrisse (Nantes), Sylvie Arlaud (EA Reigenn).

Coordination scientifique : en cours de constitution

Bernard Banoun (EA Reigenn), Sylvie Arlaud (EA Reigenn), Bénédicte Terrisse (Nantes), Stephan Pabst (Iéna), Stefan Matuschek (Iéna), Jean-Yves Masson (Paris-Sorbonne), Laurent Cassagnau (ENS de Lyon), Françoise Lartillot (Université de Lorraine/Metz), Werner Wögerbauer (Nantes) et Michael Opitz (Berlin).

 

Bibliographie sélective:

BOTT, Marie-Luise : « Odyssee 2001. Zu Wolfgang Hilbigs Gedichtband Bilder vom Erzählen », in Die Horen 207 (2002) 3. Quartal, S. 40-64.

BOTT, Marie-Luise : « Urwörter der Moderne. Zum Werk Wolfgang Hilbigs », in Neue deutsche Literatur 51 (2003), H.3, S. 90-109.

BOTT, Marie-Luise : « Eingelegte Ruder. Zu dem Gedicht ‘Mittag’ von Wolfgang Hilbig », in Die Horen 226 (2007), 2. Quartal, S. 11-15.

COMBE, Dominique: Poésie et récit. Une rhétorique des genres. Paris, José Corti, 1989.

COOKE, Paul : « ‘Das schreiende Amt’: the ‘Bourgeois’ Tradition and the Problem of ‘Objectivity’ in Wolfgang Hilbig’s ‘Abwesenheit’ »,  in German Life and Letters 53 (2000) N.2, p. 261-278.

DAHLKE, Birgit : « Den Untergang beschreiben: Zur Lyrik und Prosa Wolfgang Hilbigs vor und nach 1989 », in P.M. Lützeler/ S. K. Schindler, Gegenwartsliteratur. Ein germanistisches Jahrbuch. Schwerpunkt: Neue ostdeutsche Literatur 8 (2009), S. 12-28.

GEISEL, Sieglinde: « Wolfgang Hilbig », in Ursula Heukenkampf, Peter Geist (Hrsg.), Deutschsprachige Lyriker des 20. Jahrhunderts. Berlin, Erich Schmidt Verlag, 2007, p. 613-622.

GEIST, Peter : « Das Erzählen der Bilder. Wolfgang Hilbig blättert ‘im Traumbuch der Moderne’ », in neue deutsche literatur 50 (2002) H.2, p. 159-162.

GOEPPER, Sibylle : « Du sujet lyrique au sujet autofictionnel. La scène littéraire berlinoise à l’épreuve du “tournant” », dans Clara Royer et Petra James (dir.), Sans faucille ni marteau. Ruptures et retours dans les littératures européennes post-communistes, Bruxelles, Peter Lang, 2013, p. 67-81.

GRIMM, Erk: « Go West? Lyrik, Literaturbetrieb und ‘ostdeutsche Identität’ in den neunziger Jahren », in glossen 10 (2000) http://www2.dickinson.edu/glossen/heft10/grimm.html, consulté le 21 novembre 2016 à 12h33.

HANISCH, Volker (Auswahl) :  Poesiealbum. Sonderheft Widmungen. Wolfgang Hilbig 75, 31.08.2016.

HILDEBRANDT Annika : « Lyrische Oberflächen – Hermeneutik und Gattungspoetik bei Wolfgang Hilbig“ in Zeitschrift für deutsche Philologie 131 (2012) 2, p. 251-274. http://www.ZfdPhdigital.de/ZfdPh.02.2012.251

LASCHEN, Gregor : « ‘... diese langen Traditionen der Dämmerung am Ende der Neuzeit–’ Zum Gedicht Wolfgang Hilbigs » [Rede gehalten am 3. April 2002 im Stubenhaus der Stadt Staufen im Breisgau anlässlich der Verleihung des « Peter-Huchel-Preises » an Wolfgang Hilbig.] in die horen 47. Jhg, 206 (2002) 2. Quartal H 10331, p. 173- 181.

LOESCHER, Jens : « Seher, Sucher, Sänger: der Lyriker Wolfgang Hilbig », in Colloquia Germanica 36 (2003), H.1, p. 45-67.

MANN Ekkehard, „Lyrik in der DDR und die Moderne“, in Piechotta, Hans Joachim/ Wuthenow, Ralph-Rainer/ Rothemann, Sabine (Hrsg.) Die literarische Moderne in Europa (Band 3). Opladen, Westdeutscher Verlag, 1994, p. 198-219.

 

NEUMANN, Michael : « Wolfgang Hilbig (1941-2007): Saturnische Ellipsen », in Andrea Geier/ Jochen Strobel (Hg.) Deutsche Lyrik in 30 Beispielen. Paderborn, Wilhelm Fink Verlag, 2011, p. 302-311.

PABST, Stephan : « Hilbig/Odysseus: Lyrik als paradoxe Mythologie », in Jan Röhnert, Jan Urbich, Jadwiga Kita-Huber, Paweł Zarychta (Hrsg.), Authentizität und Polyphonie. Beiträge zur deutschen und polnischen Lyrik seit 1945. Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2008, S. 269-283.

PABST, Stephan: Post-Ost-Moderne. Poetik nach der DDR. Göttingen, Wallstein 2016.

TOMMEK, Heribert : « Das bürgerliche Erbe der DDR-Literatur. Eine Skizze », in Weimarer Beiträge 56 (2010) 4, p. 544-563.

ZIMMERMANN, Harro: « Zeit ohne Wirklichkeit. Ein Gespräch [...] », in Text und Kritik 123 (juillet 1994). München, p. 11-18.

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Date

05/10/2017 - 07/10/2017

Délai

30/01/2017

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