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Institutions musicales par temps de crise

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Une crise offre-t-elle la possibilité de remettre en cause ce qui était considéré comme acquis ? Ou au contraire imprime-t-elle un repli sur de conjecturales « valeurs sûres » au détriment de l’originalité, de la diversité et de la créativité ? Penser les institutions musicales à travers les crises, qu’elles soient actuelles ou passées, proches ou lointaines, revient à interroger la créativité des institutions et des personnes qui les font exister. Législateurs de politiques culturelles, manageurs internes aux institutions, artistes, publics, mécènes fabriquent quotidiennement la complexité des institutions musicales et culturelles à interroger : la démarche invite à considérer ces acteurs et les institutions culturelles à la fois comme témoin et comme moteur de l’évolution des sociétés.

L’interrogation du colloque part de la crise sanitaire actuelle et des différentes stratégies développées par les institutions musicales pour continuer ou non à exister. Particulièrement impactés par l’interdiction de rassemblements et les couvre-feux, les lieux de concerts et les festivals de musique sont les derniers à pouvoir reprendre leur activité habituelle et leur avenir reste encore incertain. « Le secteur culturel est très lourdement touché par la crise sanitaire »[1], même si ce n’est pas la première crise que signale le monde des institutions culturelles européennes qui utilise régulièrement le terme sous forme « d’excuses, de constatation et d’analyse » (Zalfen 2007). Mais derrière cette apparente homogénéité d’un monde de l’art en difficulté au niveau européen, les spécificités nationales révèlent l’impact des politiques culturelles dans la permanence ou le renouvellement des institutions. Cette année, en France, l’année blanche[2] octroyée aux intermittents du spectacle laisse apparaître un corps professionnel plus organisé et uniforme qu’en Allemagne où de nombreux acteurs de la Freie Szene (litt. scène libre, il s’agit d’un terme regroupant différentes scènes artistiques portées par des professionnels indépendants) se voient contraints de demander l’équivalent du RSA[3] contrairement aux artistes salariés permanents des institutions musicales subventionnées. Dans le même temps, que recouvrent les « 2 milliards d’euros pour la culture » sur les 100 milliards du plan de relance du gouvernement français et le milliard d'euros mis à disposition du secteur culturel par le programme fédéral « Neustart Kultur »[4] en Allemagne ? La centralisation étatique française ou le fonctionnement fédéral allemand promeuvent des institutions musicales et culturelles différemment outillées pour faire face à la crise sanitaire actuelle et incite à l’exploration de la diversité des crises du secteur musical qui apparaissent dans le monde et les diverses réponses qui sont, aujourd’hui et hier, développées pour y faire face[5]. La crise de la covid-19 peut-elle être à l’origine de nouvelles institutions ou de transformations significatives ? Révèle-t-elle surtout des problématiques préexistantes qui s'en trouvent ainsi renforcées ? Ou au contraire rend-elle saillante les limites mêmes des institutions dont les fondations ne peuvent aisément être remodelées ? Comment démêler la complexité des réseaux institutionnels de la culture et les réponses très individuelles des institutions ? Peut-on déceler une créativité à l’œuvre pour répondre à de nouvelles formes d’instabilité ?

L’analyse des décisions et actions répondant à la crise de la covid mérite dès aujourd’hui d’être lancée. Elle invite à prendre au sérieux la question de l’historien Yuval Noah Harari : « Will we travel down the route of disunity, or will we adopt the path of global solidarity? If we choose disunity, this will not only prolong the crisis, but will probably result in even worse catastrophes in the future. If we choose global solidarity, it will be a victory not only against the coronavirus, but against all future epidemics and crises that might assail humankind in the 21st century »[6].

Enfin, cette « crise sanitaire » succède à une série d’autres crises relayées par la presse ces dernières années : « crise des subprimes », « crise de la dette dans la zone euro », « crise de l’emploi », « crise des migrants », « crises politiques », « crise démocratique », « crise écologique »... Au-delà de la confusion et de la prolifération du vocable, c’est la multiplicité des potentielles ruptures d’équilibre qui émerge des discours politiques et médiatiques au risque de le galvauder et de masquer le renforcement grandissant de structures existantes. En effet, en regard de cette instabilité, les institutions, apparaissent comme des entités repérables présentant une certaine prévisibilité et caractérisées par de multiples discours et actions destinées à assurer leur persistance dans le temps. Régulièrement agitée, l’importance de l’art et en particulier son financement public divise : la définition des activités « essentielles à la nation » maintenues par temps de confinement en France renvoie à la célèbre interrogation « erst Brot, dann Kunst ? » (litt. « d’abord du pain puis de l’art ») dans l’Allemagne de la fin des années 1920 en pleine inflation (Bekker, 1932). Face à la récession du début des années 1980, le gouvernement socialiste français fraichement élu choisi d’augmenter le budget du ministère de la culture pour relancer une économie accablée par la crise pétrolière. Depuis 2015, l’Europe investi massivement dans des projets culturels traitant artistiquement la « crise des migrants » (Orpheus XXI, Migratory Music Manifesto, etc.)… Les cas à approfondir sont multiples et les regards croisés d’anthropologues, de sociologues, de politologues, d’historiens, de géographes, de musicologues et de philosophes sont ici attendus.

L’objectif de cette journée d’étude consiste ainsi à faire dialoguer des études de cas qui interrogent l’activité de diverses institutions musicales à travers différentes crises sans limitations géographiques ou historiques, afin d’enrichir les perspectives qu’offrent les sciences humaines et sociales dans l’analyse de la situation actuelle tout en explorant la possibilité d’une montée en généralité sur la fabrique collective de mondes musicaux répondant aux défis contemporains.

Les contributions provenant d'un large éventail de discipline des sciences humaines et sociales (histoire, anthropologie, musicologie, ethnomusicologie, sciences politiques, sociologie, éducation, études théâtrales, etc.) sont les bienvenues.

Pour proposer une communication :

Envoyer à l’adresse mail colloque.musiques.crises.shs@gmail.com la proposition en un seul document PDF contenant les éléments suivants:

- nom, prénom

- rattachement institutionnel, fonction (pour les étudiants, préciser le niveau d’étude)

- une courte biographie scientifique d’environ 100-150 mots en français, en allemand ou en anglais.

- un titre et un résumé de communication d’environ 300 mots en français, en allemand ou en anglais.

Date limite de réception des propositions de communication : 10 mars 2021.

Les participants retenus seront informés fin mars.

Les communications seront d’une durée de 20 min.

Le français, l’allemand et l’anglais seront les langues de travail, nous attendons à ce que chaque participant puisse parler couramment une de ces langues et en comprendre une autre.

Au vu de la situation sanitaire actuelle, le colloque pourra être reporté ou organisé sous des modalités différentes pour permettre à toutes et tous de participer. Néanmoins nous espérons encore avoir la possibilité d'organiser cette rencontre en mai et nous souhaitons que les personnes intéressées par ces thématiques se manifestent par des propositions de communication selon le calendrier actuel, cela nous permettra de pouvoir constituer un groupe de travail.

Organisation

Julie Oleksiak, EHESS
Christina Kaps, Humboldt-Universität zu Berlin
Anna Cuomo, Institut ARI, UMR Passages, CNRS

Contact

colloque.musiques.crises.shs@gmail.com

 

[1]Entretien de Franck Riester, ministre de la Culture dans le quotidien Le Monde : « Cette crise va se compter en milliards d'euros », Le 18 avril 2020.
En Allemagne, un journaliste du quotidien national die Zeit, constate que constate que « Die Zukunft der Musikistjetzternsthaftbedroht » (l'avenir de la musique est sérieusement menacé). Jens Balzer, "Das gibt's nur einmal, das kommt nicht wieder", Die Zeit, Le 16 avril 2020
[2] L’intermittence du spectacle permet aux professionnels du spectacle vivant de cumuler allocations chômages et salaires liés à des contrats courts liés spécifiques aux spectacles ou répétitions (des cachets) sous réserve d'avoir suffisamment cotisé (507 heures ou 43 cachets dans l'année). Face à l'annulation de la plupart des concerts et festivals printaniers et estivaux, le gouvernement leur permet de bénéficier d'une prolongation exceptionnelle de l'indemnisation pour ceux qui n'ont pas pu effectuer toutes leurs heures jusqu’au 31 août 2021. https://www.pole-emploi.fr/spectacle/covid-19---mesures-exceptionnell/intermittents-du-spectacle--lall.html
[3] Hartz 4 constitue une mesure spécifique pour ceux qui ne peuvent bénéficier de l'assistance chômage  en raison de leur profession indépendante ou du fait d’avoir épuisé les droits. Ce système ne prend pas compte la situation particulière des artistes indépendants et est fortement critiqué. Voir entre autres : Lars Schmedeke, « Husten Sie mich an, ich bin DJ!  », die Zeit, 1e Avril 2020.  
[4] Auxquels s’ajoute un milliard supplémentaire après décision du Deutsche Kulturrat (Conseil culturel allemand) en date du 3 février 2021.
[5] Sur une analyse comparative des structures culturelles en France et en Allemagne,  voir la thèse de Myrtille Picaud (2017) et plus ancien les travaux de Michael Werner (Werner et al. 2002).
[6] Yuval Noah Harari, « the world after coronavirus », Financial Times, 20 mars 2020

Lieu

Institut ARI (UMR 8131 CNRS-EHESS), Cité des Arts,
3 Avenue Jean Darrigrand, 64100 Bayonne

Date

17/05/2021 - 18/05/2021

Délai de candidature

10/03/2021

Établissements membres du CIERA

Avec le soutien de

Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'Allemagne (CIERA) - Maison de la Recherche - 28 rue Serpente - 75006 Paris - Téléphone : 01 53 10 57 36
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