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Annoncer la catastrophe : mondes dystopiques et apocalyptiques dans la science-fiction

Le workshop « Annoncer la catastrophe : mondes dystopiques et apocalyptiques dans la SF » se concentrera sur les implications et enjeux des univers apocalyptiques et / ou dystopiques dans la science-fiction.

La thématisation de mondes cauchemardesques, dictatoriaux ou encore totalitaires semble en effet déborder le genre et témoigner d’un attrait certain pour la catastrophe dans nos visions du futur. Pensons au succès récent de séries dystopiques comme Black Mirror (2011), de films (post)-apocalyptiques aussi différents que Soylent Green (1973) et la série de films Mad Max (1979 à 2015), ou encore de récits devenus canoniques du genre, de I am Legend (1954) de Richard Matheson à Minority Report (1956) de Philip K. Dick à The Road (2007) de Cormac Mac Carthy (Prix Pulitzer). Tous mettent en scène des sociétés terrifiantes, issue d’une mauvaise utilisation des technologies ou des ressources.

Mais pourquoi les mondes dystopiques et chaotiques fascinent-ils tant ? Existerait-il, comme le souligne Paolo Bacigalupi, un véritable attrait pour une « pornographie du désastre » propre à l’Homme ?

Il est indéniable que les motifs du chaos, de la Chute ou de la décadence exercent une certaine fascination de par leur aspect spectaculaire et effrayant. Néanmoins, la prolifération de ces thèmes reflète et cristallise bien sûrement les peurs d’une humanité face à la reconfiguration technologique et idéologique de son univers.

De fait, la SF n’est pas seulement un genre anticipatif produisant des visions du futur, comme peut le faire la futurologie ; elle est avant tout réflexive et révèle en fait des images d’un présent immédiat à l’épreuve d’un monde technologique. Ainsi, les dérives sociétales consignées dans ces histoires seraient les germes de craintes collectives liées à la fin de l’humanité.

Et en effet, à l’heure d’une crise écologique et économique inédites, d’un essor-tech bouleversant profondément notre rapport au monde, mais aussi nos droits politiques, la SF semble plus proche que jamais des réflexions émergentes sur notre réel. Au vu du succès de mouvances comme la collapsologie, le survivalisme, l’accélérationisme, la technocritique l’on peut se demander si la SF ne s’est pas déjà invitée dans notre monde.

Se pose alors la question des implications de telles fictions. La dystopie présente des mondes dérangeants qui semblent nous avertir des dangers subreptices d’une technologie que nous avons petit à petit assimilés. Mais elle ne propose pas de moyens d’évitement ou d’escapisme possible ; elle avertit par son manque d’alternatives. Quant à l’Apocalypse si souvent thématisée, elle fait table rase du passé pour révéler un monde radicalement différent. C’est comme si l’humain ne pouvait, ne devait pas continuer sur sa lancée et que le seul moyen de l’en détourner serait la fin de son hégémonie. S’agit-il alors, dans ces récits, de nous avertir et de nous faire prendre conscience ou simplement de jouir de la fin tant annoncée de l’humanité ? Ou encore d’inventer d’autres voies pour une humanité qui a perdu confiance en elle ?

Mais, ne l’oublions pas, la SF est avant tout « littérature », donc plaisir d’écrire (de réaliser), de lire (de regarder) et d’inventer. Elle parle toujours et encore de l’humain, l’écrit, le réécrit, encore et encore. Les histoires dystopiques, apocalyptiques tournent autour de l’humain, de ce dont il est capable et de sa responsabilité. Car si l’on y fait surgir la Chute et l’expiation de rêves prométhéens, c’est encore et toujours l’humain qui est au centre de ces récits, même s’il y brille par son absence. Rappelons-le, le sens premier d’Apocalypse est « révélation ».

Programme

Le programme complet est téléchargeable dans la colonne de droite

Contact

Catherine Repussard : repussardcatherine@wanadoo.fr

Lieu

Université de Strasbourg
salle de conférence de la MISHA
Allée du Général Rouvillois, 67083 Strasbourg

Date

14/11/2019

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