Trajectoires n°11. Dossier thématique «Non ! Nein ! Manifestations et traductions du refus» | CIERA
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Trajectoires n°11. Dossier thématique «Non ! Nein ! Manifestations et traductions du refus»

Quel point commun entre Achille se retirant dans sa tente, les mutins de 1917, Franco rassemblant une armée pour renverser un régime légalement établi, le brillant universitaire Viktor Klemperer rédigeant secrètement LTI, Brecht achevant de sortir le théâtre du carcan aristotélicien, les communautés hippies, et Edward Snowden rendant publique l’ampleur du système de surveillance états-unien ? Tous refusent leur sort ou le monde dans lequel ils vivent.

Refuser, voilà un terme tellement courant que grande est la tentation de faire l’économie d’une exploration définitionnelle. Mais le détour par l’allemand permet de dresser un premier constat : ablehnen, absagen, abschlagen, abweisen, ausschlagen, verbieten ou encore zurückweisen sont autant de traductions alternatives possibles à verweigern, proposé dans le titre du présent appel à contribution. D’emblée nous voici confrontés à la polysémie du terme et à la diversité de ses manifestations et traductions, aussi bien langagières que pratiques.

Il convient alors de s’interroger : qu’est-ce que refuser ?

Le jeune enfant puis l’adolescent en font rapidement l’expérience : le refus est un moyen de s’affirmer, d’imposer son autonomie, de se construire dans la négativité. L’acte de dire non va de pair avec l’émergence de la conscience de soi. On se pose en s’opposant. Dans les cosmogonies occidentales, il est un acte fondateur de la civilisation : c’est Adam et Ève passant outre l’injonction divine de ne pas goûter au fruit de l’arbre de la connaissance, c’est Prométhée contestant le monopole divin sur le feu. Au niveau épistémologique, le refus s’inscrit dans une démarche créatrice de connaissance, puisque c’est en contestant un théorème, une théorie, une exégèse, en déconstruisant un mythe ou une idée reçue que l’on fait triompher le Vrai. Que l’on songe par exemple à Nicolas Copernic remettant en cause le modèle géocentrique.

Dès lors, refuser apparaît comme constitutif de la pensée libre, voire de la pensée même. Penser n’est ce pas remettre en question les modèles préconçus, refuser les dogmes et les carcans et rejeter toute forme d’adhésion inconditionnelle (Gutleben, 2012) ? Camus écrit « Si nous aliénons notre force de refus, notre consentement devient déraisonnable et ne s’équilibre à rien, l’histoire devient servitude » (Camus, 1951). À l’alternative logique du oui et du non s’articule le dilemme moral du consentement ou du refus, le premier étant compris comme l’adhésion passive à ce qui s’offre à chaque individu alors que le second apparaît comme la récusation active de ce qui est devenu inacceptable (Mattei, 2011). Le non exprimé par le refus pose l’acte d’une volonté qui s’oppose à ce qui se donne d’emblée comme normal et admissible. Dès lors qu’il engage d’autres destins humains, le refus devient résistance.

Ainsi, ce qui se manifeste à l’échelle individuelle s’étend également aux sociétés, cultures et civilisations, qui se réinventent selon le principe du refus et du rejet de leurs prédécesseurs. S’affranchir de l’héritage tutélaire de ses pères participe de la construction de l’identité et de la modernité mais encore de l’affirmation de la liberté.

On ne saurait donc assimiler le refus à un geste de pure négativité, à un non qui aurait pour seule vocation le rejet de son objet. Le refus peut avoir un contenu positif et une finalité créatrice.

Le non du refus n’est pas seulement l’antonyme du oui de l’acceptation, de l’adhésion ou de l’approbation : c’est également le contraire du silence résigné et du renoncement. Refuser, ce n’est donc pas seulement dire non, c’est encore répondre non à une question qui n’a pas été posée, c’est imposer une alternative là où il n’y en avait pas. Refuser, c’est construire un espace oppositionnel auparavant inexistant.

Si le refus est un acte qui ressortit d’une démarche de négation ou de dénégation, il n’existe dans le même temps qu’en tant qu’il est visible, repérable, marqué par et aux yeux d'un individu ou de la collectivité. Suivant qu’il se manifeste au niveau individuel ou collectif, de façon spontanée ou organisée, qu’il demeure dans le for privé ou éclate publiquement, on peut distinguer plusieurs expressions du refus : du silence au cri de la rue, de la manifestation à la retraite, de l’indiscipline à l’insoumission, de la contestation au soulèvement, de la désertion à l’évasion métaphorique, de la distribution de tracts à la formulation d’utopies etc. Le dossier thématique du numéro 11 de la revue Trajectoires a vocation à explorer ces différentes manifestations et traductions du refus. Comment ces différentes formes de négativité se formulent-elles, se voient-elles, se traduisent-elles dans les actes, les attitudes, les pratiques, les représentations ? On pourra également s’interroger sur les objets du refus. Ainsi, l’objet immédiat et apparent du refus n’en est pas toujours la finalité : Guillaume Tell a-t-il refusé de s’incliner devant un chapeau, ou bien de se plier à l’autorité arbitraire d’un étranger ? Rosa Parks a-t-elle refusé de céder sa place dans le bus, ou bien d’être victime d’une législation discriminatoire et raciste ? On remarquera également qu’on peut refuser un certain ordre établi, mais tout aussi bien un changement, une évolution, une mutation. Le refus n’est pas toujours synonyme de rébellion, il est parfois réaction. Dans cette optique, il semble judicieux d’identifier les mécanismes invariants qu’on retrouverait aussi bien dans les mouvements progressistes que dans les mouvements conservateurs.

On pourra ainsi articuler la réflexion aux axes suivants, qui ne prétendent toutefois nullement à l’épuisement de la notion et laissent la porte ouverte à d’autres questionnements non abordés ici.

1. Du refus à la révolte

Discours et/ou acte individuel, le refus peut entraîner une contestation à l’échelle collective. Cet axe s’intéresse en particulier aux mouvements politiques et sociaux : on pourra s’interroger plus particulièrement sur le moment de basculement entre le non primitif et l’articulation d’une critique argumentée, sur le passage de l’échelle individuelle à l’échelle collective et sur la nécessaire mise en visibilité du refus. À cet égard, on pourra s’intéresser à la mise en images du refus et à l’iconographique de la contestation, question encore peu étudiée par les spécialistes de l’action collective (Dézé, 2013), ainsi qu’à l’évolution des formes de contestation à l’ère numérique. On pourra également replacer le refus dans un mouvement dialectique et se demander sur quoi débouche le refus. Car le non va de pair avec un oui, le refus ferme une porte pour aussitôt en ouvrir une autre, il fait obstacle tout en dessinant une autre voie. On pourra alors s’interroger : l’autre sur lequel s’ouvre le refus est-il le contraire ou le différent ? Et quid d’une contestation sans engagement ? On pourra en effet s’interroger sur les stratégies de récupération par lesquelles une attitude initialement contestataire peut devenir une opposition stérile, dénuée de revendications et réduite à une simple posture identitaire.

2. Du refus au renouvellement

Il s’agit ici de réfléchir à la dimension créatrice et constructive du refus, lorsqu’il s’affranchit de sa négativité initiale pour formuler une hétérodoxie, proposant une alternative qui aille au-delà du non. L’analyse peut notamment se concentrer sur la fertilité des moments négatifs dans les processus historiques, dans la naissance d’une œuvre ou encore au niveau de la biographie individuelle. En retour, il sera possible de s’interroger sur la construction de récits a posteriori qui légitiment ces moments négatifs. Pourront être pris pour objet les utopies, qu’elles soient politiques ou esthétiques, certains manifestes avant-gardistes, des inventions formelles motivées par un refus clairement identifiable et identifié. On évitera en revanche d’assimiler toute modernité esthétique à un refus de principe.

3. Du refus au repli

Le refus peut au contraire se cantonner au niveau individuel, ou ne pas s’exprimer publiquement par un acte d’éclat. Il permet alors de sauvegarder une intégrité physique et/ou morale menacée. L’individu met alors en place des stratégies d’évasion indispensables à sa survie, face à un réel qui semble insupportable. C’est sans doute le type de refus qui revêt les formes les plus variées : en plus des formes pathologiques que constituent la catatonie, le déni et le refoulement, on pourra penser au cynisme, au silence de l’intellectuel, à la retraite ermitique ou botanique telle que prônée dans Candide, à la rêverie ou aux « paradis artificiels ». Ajoutons que ce refus de l’Autre peut également conduire à l’exil, à l’anorexie ou au suicide. Deux pistes de questionnement paraissent ici particulièrement pertinentes. La première consisterait à interroger les limites du refus : à quel point le refus peut-il être silencieux sans perdre pour autant son caractère oppositionnel ? Est-il un refus qui ne serait pas subversif, au sens où il ne menacerait pas l’ordre établi ?

4. Du refus au retranchement

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