Européanisation et mondialisation
Ce colloque a pour objet d’analyser le rapport entre européanisation et mondialisation. L’européanisation sera définie ici de façon plutôt restrictive, comme la convergence des approches des différents pays européens, en cohérence avec les politiques de l’Union Européenne, que cela résulte d’un désir d’intégration ou d’un rapprochement de fait. La mondialisation pourra être examinée sous plusieurs aspects, à la fois comme un phénomène du à des facteurs objectifs, comme un discours, comme l’établissement de normes, sous l’égide d’institutions ou de la communauté épistémique des experts, et comme un phénomène géo politique impliquant une redistribution du pouvoir.
Le rapport entre mondialisation et européanisation est complexe, et va de l’osmose à l’opposition. Dans certains cas, l’européanisation peut être considérée comme un avatar de la mondialisation, et l’application à l’Europe de normes mondiales. Dans plusieurs pays européens, l’idée même que l’élaboration d’un modèle européen spécifique puisse être un objectif est rejetée avec force. Dans d’autres cas, les règles et pratiques européennes sont en contradiction flagrante avec la mondialisation, et l’identité européenne est affirmée en opposition à d’autres modèles. Ni l’européanisation ni la mondialisation n’échappent à des contradictions internes, et à des débats d’orientation, à la fois situés à un niveau théorique, et reflétant des enjeux de pouvoir, concernant autant les nations que les catégories sociales. La question du pouvoir – quelle européanisation ? dans quel but et pour qui ? – se superpose donc sur la question de l’échelle spatiale – l’Europe, ou le monde ? Ce double décalage sera étudia à travers plusieurs domaines d’application.
Cette question se subdivise aussi en deux . D’une part, il est proposé d’examiner les politiques menées vis-à-vis des demandeurs d’asile en Europe, et de les mettre en regard avec la mondialisation, en mettant en regard les approches promues au niveau international, et les pratiques européennes, souvent beaucoup plus restrictives. D’autre part, au cours de la dernière décennie, on a assisté à une convergence des politiques mises en œuvre par les pays européens en matière d’intégration des populations issues de l’immigration. L’européanisation de ces politiques semble avoir deux sources :
En matière sociale, l’Européanisation est un phénomène empreint de contradictions. D’une part, l’application de l’européanisation au champ social a entrainé l’adoption de normes néo libérales considérées comme intrinsèquement liées au phénomène de mondialisation, en matière de flexibilité, de mobilité et de protection sociale. Certaines directives, comme la directive Services, n’étaient que la traduction européenne de décisions de l’OMC. Inversement, certaines décisions ou certains discours politiques européens, comme la directive 2002 14 sur le dialogue social, s’appuient sur les standards de l’Organisation Internationale du Travail pour prôner une approche plus pluraliste et respectueuse des intérêts de tous les acteurs du champ social. Dans certains cas, la contradiction passe à l’intérieur même de l’UE. C’est notamment le cas dans le directive sur le travail posté dont le texte, initialement prévu pour éviter le dumping social, est systématiquement interprété par la Cours de justice Européenne dans un sens contraire aux voeux de la partie syndicale. L’analyse de la politique sociale européenne, et de celle des pays membres nécessite donc de prendre en compte ce phénomène.
En matière de politique des langues, le phénomène de mondialisation se traduit pour l’essentiel par la prééminence de facto de l’anglais, au niveau scientifique comme commercial et institutionnel. L’Europe est caractérisée par un décalage croissant entre ses politiques affichées en faveur du plurilinguisme et la réalité, qui consacre la domination de l’anglais à tous les niveaux, et même à celui des institutions communautaires. Le volontarisme linguistique affiché par l’UE et certains pays européens apparait donc comme ayant un rapport lointain avec la réalité. Il est proposé ici d’étudier le rapport entre les intentions affichées et la pratique réelle du plurilinguisme sein de l’UE. L’européanisation, en pratique, se résume t elle à un anglicisation, en dépit des intentions affichées ?
En termes géo politiques, le thème « Européanisation et mondialisation » interroge l’évolution des objectifs de la construction européenne dans un monde multipolaire en proie à des défis inédits (terrorisme international, guerres asymétriques, fanatismes religieux, catastrophes écologiques, risques sanitaires) et renvoie également à la problématique de la Grande Europe. La question de l’échelon pertinent pour la définition et la conduite des politiques publiques se pose avec force. Le rôle des Etats nations au sein de l’Europe a été réaffirmé, à la fois du fait des lenteurs du processus d’intégration, des frustrations dues au déficit démocratique européen et aux difficultés de l’Europe sociale, de conflits historiques régionaux ou d’envergure mondiale, et de la nécessité de concevoir des réponses nationales à la crise économique. Le rôle des régions varie de façon considérable : même si la perspective d’une Europe des régions est moins influente que par le passé, le renforcement de l’échelon régional est, dans certains cas, présenté comme un objectif démocratique, et un des avatars de l’européanisation.
Deux types de questions seront privilégiés :
Langues du colloque : français et anglais.
Adresser les propositions de communication avant le 15 mars 2010 à :
Jean – Paul Révauger
UMR EEE
Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine
10 Esplanade des Antilles
33607 Pessac
jp-c.revauger wanadoo.fr
Dernière mise à jour : 4 février 2010