Romantisme et Surréalisme. Eine Wahlverwandtschaft ? / Une affinité élective ?

18/03/2016  -  19/03/2016   Délai : 05/01/2016

colloque "junior"

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Programme

Il paraît évident que le Romantisme (de langue allemande) et le Surréalisme (de langue française) présentent une relation de parenté. Cependant, jusqu’à nos jours, c’est une impression qui, loin d’avoir été démontrée et fondée, n’a pas dépassé le stade d’une affirmation ou même celui d’une supposition tacite. Albert Béguin [1], Anna Balakian [2], Laurent Le Sage [3] et Karl-Heinz Bohrer [4] par le passé, et, plus récemment Ralf Simon [5] ont signalé que ces deux « mouvements » sont proches l’un de l’autre. Leurs études se limitent cependant à certains aspects précis, le « rêve » par exemple chez Béguin, ou le « mythe » chez Bohrer, ou restent attachées à des considérations d’ordre général. Notre symposium se propose au contraire dans le cadre d’un « colloque junior » d’apporter une contribution systématique aux relations complexes entre les deux mouvements. Nous considèrerons résolument la relation entre Romantisme et Surréalisme comme « Wahlverwandschaft » (affinité élective), prenant appui sur la définition donnée par Michael Löwy (dans la tradition de Max Weber) : « Nous désignons par « affinité élective » un type très particulier de rapport dialectique qui s’établit entre deux configurations sociales ou culturelles, qui n’est pas réductible à la détermination causale directe ou à l’« influence » au sens traditionell. Il s’agit, à partir d’une certaine analogie structurelle, d’un mouvement de convergence, d’attirance réciproque, de confluence active, de combinaison pouvant aller jusqu’à la fusion. »[6]
Dans le cadre de notre colloque nous essayons d’appliquer le paradigme de l’ « affinité élective » à la relation complexe, mais jusqu’à nos jours seulement analysée d’un point de vue heuristique entre le Romantisme et le Surréalisme. La spécification présentée par Löwy offre un premier point de départ qui doit rester à la base de la réflexion dans les interventions. Pourquoi peut-on parler ici avec raison d’une « affinité élective » ? On peut dire que ces deux mouvements d’esprit ont essayé de réagir à des tendances culturelles et politiques qui leur étaient contemporaines et se sont opposés avec leur critique d’une « Aufklärung » simpliste et d’un rationalisme réductionniste à une vision du monde prise dans la « Cage d’acier » (« stahlharte Gehäuse ») du capitalisme. Si on considère la réception explicite du Romantisme chez les Surréalistes et la « dimension romantique » [7] du Surréalisme en général, on peut essayer de saisir la relation entre Romantisme et Surréalisme comme une « affinité élective » qui repose sur une réaction à des conditions socio-historiques semblables. Notre colloque a pour objectif d’examiner précisément en quoi constitue cette relation, et cherche sur cette base les parallèles et différences entre ces deux mouvements. Notre seul but n’est pas de montrer qu’il y a un rapport direct entre les deux mouvements, mais de décrire des formes d’analogie entre eux.
Ce concept comparatiste jusqu’ici négligé nous donne la possibilité de traiter au sens large les affinités d’esprit entre les deux mouvements de langue allemande et française. Il s’agira dans notre colloque de la réception et des essais d’appropriation des motifs, des philosophèmes et des paradigmes romantiques chez les Surréalistes, et d’un examen systématique de la constitution consciente ou même inconsciente de traditions, sans cependant que notre intention soit de vouloir attribuer un caractère absolu à l’influence diachronique du Romantisme sur le Surréalisme. Au contraire, la « méthode des affinités électives » permet de saisir les analogies entre les deux mouvements comme des phénomènes synchroniques dans une perspective nouvelle.
Comme les représentants du Romantisme ainsi que la plupart des adhérents au mouvement surréaliste ne se considéraient pas seulement (ou même pas du tout) comme des gens de lettres, des contributions interdisciplinaires sont indispensables à notre colloque qui ne concerne pas seulement des spécialistes en littérature mais aussi de jeunes chercheurs dans les domaines de la sociologie, de l’ethnologie, de la philosophie et de l’histoire de l’art. Comme champs possibles d’investigation, nous proposons donc les sections suivantes dont les actions réciproques seront également à considérer du point de vue des affinités électives :

1. Mythe, enfance et « âge d’or »
2. Analogie et métaphore comme instrument de la « cohérence du monde » (‘Weltzusammenhang’)
3. Art de vivre, avant-garde et oeuvre d’art totale
4. Rêve, extase, folie et imagination
5. Anthropologie et ethnologie
6. Politique, messianisme et révolution

Où se dessinent à l’intérieur de ces champs thématiques les ressemblances, où les différences entre Romantisme et Surréalisme ? Dans quels discours s’inscrivent respectivement les réflexions de part et d’autre ? Par rapport à quel régime d’hégémonie culturelle prennent-elles leurs distances ? Et quelles relations entretiennent entre elles les différentes rubriques dans des affinités électives que seule une perspective interdisciplinaire est capable de discerner ? Nous espérons également au cours de la discussion sur les relations entre Romantisme et Surréalisme que notre colloque sera à même de parfaire la méthode comparative des affinités électives et de la rendre profitable à des études ultérieures. Outre son aspect interdisciplinaire, notre rencontre présente un intérêt historique et théorique.

Public :

Le colloque s’adresse aux jeunes chercheurs (doctorants, post-doctorants) en lettres, sociologie ethnologie, philosophie et en l’histoire de l’art. L’accent sera mis sur un travail interdisciplinaire. Les thématiques proposées doivent permettre de représenter un spectre de disciplines le plus large possible. Les langues de travail seront le français et l’allemand.

Date :

18-19 mars 2016

Lieu :

Université de Lyon II
35 rue Raulin
Salle de réunion de la MILC, 5e étage
69007 Lyon

Modalités de proposition des interventions :

Les propositions de communication en français ou allemand (titre et descriptif de 300 mots maximum) accompagnées d’une brève notice biographique (situation actuelle, université, laboratoire et discipline de rattachement, sujet et directeur de thèse ou de mémoire, éventuellement liste des publications) doivent parvenir le 05. Janvier 2015 au plus tard aux adresses suivantes : sebastian.luebcke germanistik.uni-giessen.de et johannthun gmx.de .
Une réponse sera adressée aux différents candidats le 15. Janvier 2015 au plus tard.
Une prise en charge forfaitaire des frais de transports et d’hébergement est prévue.
Une publication des actes du colloque est envisagée.

Bibliographie

[1] Albert Béguin, L’âme romantique et le rêve, essai sur le romantisme allemand et la poésie française, Marseille 1937.
[2] Anna Balakian, The Literary Origins of Surrealism, New York 1947.
[3] Laurent Le Sage, Jean Giraudoux : surrealism, and the German romantic ideal, Illinois 1952.
[4] P. ex. Karl-Heinz Bohrer, Die Ästhetik des Schreckens. Die pessimistische Romantik und Ernst Jüngers Frühwerk, München–Wien 1978 ; ders., Die Kritik der Romantik, Frankfurt/M. 1989, p. 39-61 ; le même, Deutscher Surrealismus ?, in : Fredericke Reents (ed.), Surrealismus in der deutschsprachigen Literatur, Berlin 2009, p. 241-249.
[5] Ralf Simon, Politiken des Romantischen, in : Heinz Brüggemann (ed.), Walter Benjamin und die romantische Moderne, Würzburg 2009, p. 186-188, à 187 on peut lire : „Der Surrealismus als dialektisierte Romantik ist zugleich antiromantisch wie auch der Romantik im Innersten verhaftet.”
[6] Michael Löwy, Rédemption et Utopie. Le judaïsme libertaire en Europe centrale, Paris 1988, p. 13.
[10] Frédéric Thomas, Rimbaud et Marx : une rencontre surréaliste, Paris 2007, S. 127.

Bibliographie indicative (concept « affinité élective »

Richard, H. Howe (1978), Max Weber’s Elective Affinities : Sociology within the Bounds of Pure Reason, in : Max Weber : Critical Assessments 2, ed. de Peter Hamilton, London 1991, p. 193-210.

Michael Löwy Le concept d‘affinité élective chez Max Weber, in : Archives de sciences sociales des religions, No. 127 (2004), p. 93-103.

Le même, Rédemption et Utopie. Le judaïsme libertaire en Europe centrale, Paris 1988, p. 13.

Max Weber, Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus, in : le même, Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie, Bd. 1, 9. Aufl., Tübingen 1988, pp. 1-206.

Frédéric Thomas, Rimbaud et Marx : une rencontre surréaliste, Paris 2007, pp. 65-72.

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Bilan scientifique

Comité organisateur :

Sebastian Lübcke (Université de Gießen)
Johann Thun (Universités de Lyon II / Leipzig)

Date limite de communication des propositions : 05. Janvier 2016
Date limite de réponse : 15 Janvier 2015.

ciera.fr – Centre interdisciplinaire dâ€â„¢études et de recherches sur lâ€â„¢Allemagne